Gabriel García Márquez, écrivain.

Gabriel García Márquez, né le 6 mars 1927 à Aracataca (Colombie) et mort le 17 avril 2014 (à 87 ans) à Mexico, est un écrivain colombien.

Romancier, nouvelliste, mais également journaliste et militant politique, il reçoit en 1982 le prix Nobel de littérature. Affectueusement surnommé « Gabo » en Amérique du Sud, il est l’un des auteurs les plus significatifs et populaires du XXe siècle. Son œuvre se démarque par un imaginaire fertile et constitue une chronique à la fois réaliste, épique et allégorique de l’Amérique latine dans laquelle se recoupent son histoire familiale, ses obsessions et ses souvenirs d’enfance. La presse le compare à François Rabelais pour sa prose truculente ainsi qu’à Miguel de Cervantes et Victor Hugo pour sa dimension monumentale.

Étudiant, García Márquez poursuit en autodidacte ses études, après avoir quitté l’université de droit et avant de se lancer dans le journalisme. Très tôt, il ne montre aucune retenue dans sa critique sur la politique intérieure comme extérieure de la Colombie et sur la situation en Amérique du Sud. Par ailleurs, il ne fait pas mystère de ses sympathies pour la gauche radicale et les mouvements révolutionnaires auxquels il apporte parfois une aide financière. En 1958, il épouse Mercedes Barcha avec qui il a deux fils : Gonzalo et Rodrigo García, devenu réalisateur. Il voyage à travers l’Europe et s’établit ensuite à Mexico où il lance une édition mexicaine de son hebdomadaire colombien Cambio.

En tant qu’écrivain, García Márquez commence sa carrière en publiant nombre d’œuvres littéraires, bien reçues par la critique, comme des nouvelles et des ouvrages non-fictionnels. Cependant, ce sont les romans Cent ans de solitude (1967), Chronique d’une mort annoncée (1981) et L’Amour aux temps du choléra (1985) qui lui apportent la reconnaissance du public, des médias et de ses pairs. À la suite de la parution de Cent ans de solitude, considéré comme son chef-d’œuvre, l’auteur connaît un succès commercial planétaire. Son nom est fréquemment associé au « réalisme magique », courant artistique qui insère des éléments magiques et des motifs surnaturels dans des situations se rattachant à un cadre historique, culturel et géographique avéré. La plupart de ses livres fondent une quête du temps perdu et abordent différents thèmes tels que la solitude, le pouvoir, l’amour, le désir, la décadence, la violence et la mort. Le regard de l’auteur sur la civilisation et la nature humaine se veut tour à tour ironique, désabusé, méditatif et fataliste. L’action de plusieurs de ses œuvres se déroule dans le village fictif de « Macondo ».


Garcia-Marquez, carte maximum, Espagne.

Arrivé à Carthagène, García Márquez se réinscrit cependant en faculté de droit pour y faire sa deuxième année d’études. Peu après, le hasard fait qu’il est engagé à vingt et un ans par Manuel Zapata Olivella en tant que chroniqueur pour le journal El Universal, fondé moins de dix semaines auparavant. Continuant à étudier le droit par intermittence, il rédige notamment quarante-trois articles sous son nom au cours des vingt-trois mois suivants pour El Universal. Envoyé par ce dernier à Barranquilla, García Márquez fait la connaissance du groupe informel d’écrivains et de journalistes connu sous le nom de « Groupe de Barranquilla », et notamment d’Alfonso Fuenmayor qui est rédacteur en chef adjoint du journal El Heraldo. En 1948, il commence à rédiger son premier roman, sous le titre provisoire de La Casa. En 1949, il décide de quitter Carthagène et de retourner à Barranquilla, décision que son ami Ramiro de la Espriella explique de la sorte : « Eh bien, je crois qu’il est allé à Barranquilla pour avoir de l’air, un surcroît de liberté et un meilleur salaire. »

Plus tard, de 1950 à 1952, il écrit une chronique humoristique quotidienne, La Jirafa (La Girafe), sous le nom de « Séptimus » dans le journal local El Heraldo de Barranquilla. Ses chroniques et éditoriaux pour El Heraldo sont payés à la tâche par le journal. Il devient également directeur d’un éphémère hebdomadaire indépendant, La Crónica, produit dans l’atelier d’El Heraldo et qui est paru entre avril 1950 et juin 1951. Pendant ces années, García Márquez rejoint le « groupe de Barranquilla », qui lui fournit motivation et inspiration au début de sa carrière littéraire. Il travaille beaucoup en s’inspirant de figures comme Ramón Vinyes, le patriarche du groupe qu’il dépeint comme un vieux catalan possédant une librairie dans Cent ans de solitude. À la même époque, García Márquez se nourrit également des œuvres de Virginia Woolf, William Faulkner ou James Joyce. Les techniques narratives, les thèmes historiques, la dimension mystérieuse, symbolique et irrationnelle, l’enracinement dans le terroir ou la localisation provinciale tels que les traitent Faulkner marquent beaucoup d’auteurs latino-américains de cette génération. L’environnement de Barranquilla permet à García Márquez de découvrir le meilleur de la littérature mondiale tout en approfondissant sa culture caribéenne. Par ailleurs, lors de cette période, il fait la connaissance du poète Álvaro Mutis qui l’incite à terminer son roman Des feuilles dans la bourrasque qu’il a commencé à écrire en 1950 et qui sera publié pour la première fois en 1955.

Lors des derniers mois de 1953, García Márquez écrit d’une traite un conte dont le titre définitif sera Un día después del sábado. L’histoire raconte un phénomène insolite qui se passe dans un village, à savoir la mort soudaine de nombreux oiseaux à cause de la chaleur. L’année suivante, il décide de le présenter à un concours organisé par l’association nationale des écrivains et des artistes de Colombie (en espagnol : Asociación Nacional de Escritores y Artistas de Colombia) et parrainé à hauteur de 1 000 pesos par Luis Guillermo Echeverri, l’un des partenaires de cette organisation. Le jury est composé de cinq écrivains colombiens : Rafael Maya, Próspero Morales Pradilla, Daniel Arango, Hernando Téllez et José Hurtado García. Le 30 juillet 1954, les membres de ce jury, qui doivent définir le vainqueur parmi 46 concurrents, décernent unanimement le premier prix au conte de García Márquez, devant Guillermo Ruiz Rivas avec Por los caminos de la muerte et Carlos Arturo Truque (es) pour Vivan los compañeros. Le Colombien obtient à cette occasion le premier prix littéraire de sa carrière d’écrivain. La même année, ces trois histoires courtes sont publiées à Bogota par l’éditeur Minerva dans un livre intitulé Tres cuentos colombianos.

Entre 1954 et 1955, García Márquez séjourne de nouveau à Bogota, où il écrit régulièrement pour El Espectador des critiques cinématographiques avec une vision plutôt littéraire et humaniste ainsi que des reportages. Il fait notamment une enquête sur un glissement de terrain meurtrier à Medellín. En plus de découvrir des preuves de la négligence des autorités, il démontre que les habitants, qui voulaient secourir les victimes, ont déclenché un second éboulement meurtrier. La gloire du Colombien Ramón Hoyos dans le monde du cyclisme attire l’attention de García Márquez qui décide d’écrire pour le journal, en 1955, quatorze articles sur sa vie sportive. Pour cela, l’écrivain s’appuie sur des interviewes en face-à-face avec le cycliste, l’histoire intitulée « El triple campeón revela sus secretos » (en français : « Le triple champion révèle ses secrets ») étant racontée à la première personne du singulier afin de donner l’impression qu’il s’agit d’extraits d’une autobiographie.

En 1955, une série d’entrevues de García Márquez avec Luis Alejandro Velasco, seul survivant de huit marins colombiens tombés à la mer du navire de guerre Caldas en février 1955, est publiée dans El Espectador sous forme de quatorze articles. Ce récit sera de nouveau publié en 1970 sous le titre Récit d’un naufragé. Alors que la version du gouvernement selon laquelle les huit hommes seraient tombés à la mer au cours d’une forte tempête, Velasco confie à García Márquez que « le problème, c’est qu’il n’y a pas eu de tempête », et que les hommes sont tombés parce qu’un chargement mal arrimé d’appareils électroménagers ramenés des États-Unis (chargement qui n’avait pas sa place à bord d’un navire de guerre) s’est détaché16. Cette révélation, confirmée ensuite par des photographies prises par les marins à bord du Caldas, donne lieu à de fortes controverses qui se traduisent par des menaces émises contre García Márquez. Il s’agit de l’une des raisons pour lesquelles il est envoyé comme correspondant en Europe, où il écrit pour El Independiente, journal qui remplace brièvement El Espectador sous le gouvernement militaire de Gustavo Rojas Pinilla avant d’être contraint à la fermeture par les autorités. Les expériences journalistiques de García Márquez sont fondamentales pour sa carrière d’écrivain. Selon le critique littéraire Gene H. Bell-Villada : « Grâce à ses expériences dans le domaine du journalisme, García Márquez est, de tous les grands auteurs vivants, celui qui est le plus proche de la réalité de tous les jours. »

García Márquez part en 1955 pour l’Europe en tant que correspondant étranger à la conférence de Genève entre les « quatre Grands » (l’Union soviétique, le Royaume-Uni, les États-Unis et la France). Il y écrit plusieurs articles et part ensuite en Italie, dans la ville de Rome, pour rédiger une série d’articles sur l’affaire Wilma Montesi qu’il définit comme le « scandale du siècle ». Puis, il assiste au 16e Festival du cinéma de Venise où il écrit divers articles sur le cinéma et des critiques de films. Il traverse également différents pays européens : l’Autriche, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie ou encore la Russie, avant de retourner à Rome pour s’inscrire à des cours de cinéma au Centro Sperimentale di Cinematografia de Cinecittà.

En décembre 1955, García Márquez part pour Paris et reprend contact avec Plinio Apuleyo Mendoza qu’il avait déjà rencontré à Bogota avant le Bogotazo. En janvier 1956, après avoir fait payer une amende de 600 000 pesos à El Espectador, Gustavo Rojas Pinilla fait fermer le journal, qui ne peut plus rémunérer García Márquez. Ce dernier doit loger temporairement dans un grenier sans chauffage au septième étage. Le 15 février 1956, El Independiente remplace El Espectador et, avant la fermeture administrative de ce nouveau journal le 15 avril 1956, le jeune journaliste colombien peut écrire une série de dix-sept articles sur un procès dans lequel des personnes sont accusées d’avoir fourni des secrets gouvernementaux aux communistes. C’est également durant sa période parisienne que García Márquez commence à écrire son roman La mala hora, publié en 1962. À cette époque, il se procure en édition de poche l’œuvre complète de Rabelais qui aura une influence marquante sur sa création littéraire.

En mars 1956, García Márquez fait la rencontre de Tachia Quintana, une jeune actrice espagnole, avec qui il noue une relation très forte. D’ailleurs, lorsque Gerald Martin lui demande de plus amples détails à ce sujet, l’écrivain colombien répond que « tout le monde a trois vies : une vie publique, une vie privée et une vie secrète ». Peu après, Quintana tombe enceinte et, après une fausse couche, leur relation prend fin. La même année, García Márquez finit d’écrire Pas de lettre pour le colonel (El coronel no tiene quien le escriba).

Lorsque Plinio Mendoza revient à Paris en mai 1957, lui et García Márquez décident de partir tous deux en Europe de l’Est en commençant par Leipzig puis Berlin, ville où García Márquez rédige quelques articles sur le rideau de fer. Puis les deux hommes retournent à Paris avant de repartir à Moscou pour assister au VIe Congrès international de la jeunesse. Après un détour par la Hongrie, García Márquez revient dans la capitale française où, de septembre à octobre 1957, il écrit une série d’articles qui retranscrivent ses voyages en Europe et qui paraît en français sous le titre 90 jours derrière le rideau de fer (De viaje por los países socialistas) en 1959.

Lors d’un court séjour à Londres à partir de novembre 1957, García Márquez accepte un poste à Caracas au sein du journal Momento proposé par le patron de Plinio Mendoza le 16 décembre 1957.

Le 23 décembre 1957, García Márquez arrive à Caracas et commence à travailler au journal Momento. Il assiste ainsi en janvier 1958 à un soulèvement général de la population et à la fuite du président vénézuélien Marcos Pérez Jiménez vers Saint-Domingue. À la suite de cet évènement, García Márquez écrit un article politique, « La participation du clergé à la lutte » qui raconte le rôle joué par l’Église du Venezuela dans la lutte contre le dictateur. En mars 1958, il fait un voyage éclair en Colombie où il épouse Mercedes Barcha le 21 mars 1958 puis ils retournent ensemble à Caracas. En mai 1958, en désaccord avec le propriétaire de Momento, il démissionne et devient, peu après, rédacteur en chef de Venezuela Gráfica. Le 18 janvier 1959, un révolutionnaire cubain propose à García Márquez d’assister au procès public des hommes de main de Fulgencio Batista. Il accepte l’invitation et y aperçoit Fidel Castro. En avril 1959, accompagné de son épouse, il retourne à Bogota pour travailler dans un bureau de Prensa Latina, journal créé par le gouvernement cubain pour contrecarrer la propagande contre Cuba. Le 24 août 1959, leur premier fils, Rodrigo, voit le jour. Le milieu des années 1960 est une période creuse au niveau littéraire pour García Márquez, d’autant plus que, pour la réédition de Pas de lettre pour le colonel en 1961, seuls 800 des 2 000 premiers exemplaires publiés sont vendus.

En 1960, à la demande de Jorge Ricardo Masetti, fondateur de Prensa Latina et proche de Che Guevara, García Márquez accepte de participer à une formation de jeunes journalistes se déroulant par intermittence sur quelques mois à La Havane. En décembre, il croise par hasard la route de Fidel Castro dans un aéroport. En janvier 1961, Masetti envoie García Márquez, accompagné de sa famille, travailler comme correspondant à New York dans un des bureaux de Prensa Latina. À la même période, John Fitzgerald Kennedy est élu président des États-Unis et nombreux sont les Cubains à venir se réfugier sur le territoire américain. Pour García Márquez et ses collègues de travail, c’est une période stressante. Ces derniers sont souvent insultés et menacés par téléphone. Il reste encore à son poste quelque temps après le débarquement de la baie des Cochons du 17 avril 1961 mais finit par démissionner.

García Márquez et sa famille partent alors vers le Mexique. Ils traversent le Sud des États-Unis par bus, l’écrivain colombien souhaitant découvrir la région américaine qui avait inspiré les écrits de William Faulkner. Ils arrivent à Mexico le 26 juin 1961 où Álvaro Mutis vient les retrouver. Peu de temps après, il est embauché en tant que rédacteur en chef de deux magazines alors qu’il espérait entrer dans le monde du 7e art. En 1962, il présente La Mala Hora pour le prix littéraire colombien et est déclaré vainqueur par l’Académie colombienne des Lettres. Il obtient ainsi un prix de 3 000 dollars pour un manuscrit qu’il souhaitait initialement appeler La Ville merdique. Les funérailles de la Grande Mémé, texte clé dans la trajectoire littéraire et politique de l’auteur colombien car réunissant pour la première fois « réalisme » et « magie », est publié en 1962 à Barcelone. La même année, le 16 avril 1962, son deuxième fils, Gonzalo, naît. Par ailleurs, García Márquez ne cesse d’admirer les actions menées par Fidel Castro et Che Guevara, qui défient les États-Unis. En avril 1963, il quitte son emploi et se lance dans l’écriture de plusieurs scénarios de films. Il est engagé en septembre par l’agence de publicité Walter Thompson et peut ainsi, entre 1963 et 1965, travailler en indépendant pour l’industrie du cinéma et plusieurs agences de publicité.

En août 1965, moment important dans sa carrière, García Márquez signe avec l’agent littéraire de Barcelone, Carmen Balcells, un contrat autorisant cette dernière à représenter l’écrivain colombien dans toutes les langues et dans tous les pays pendant cent cinquante ans. Entre juillet 1965 et août 1966, il écrit le roman Cent ans de solitude, même si sa plus grosse difficulté a été de le « démarrer », rédigeant cependant par la suite plusieurs pages par jour. Durant cette période, il abandonne son emploi pour s’adonner entièrement à l’écriture de son manuscrit. En mars 1966, Tiempo de morir, dont il a écrit le scénario, remporte le premier prix au Festival international du film de Carthagène.

En avril 1967, Germán Vargas, l’un des membres du « groupe de Barranquilla », publie dans l’hebdomadaire Encuentro liberal un article qu’il a écrit sur Cent ans de solitude ; il y explique que ce roman est « Un livre qui fera du bruit ». Et effectivement, Primera Plana, hebdomadaire important en Argentine, publie en 1967 un article sur García Márquez, après qu’un de ses journalistes a partagé la vie des García Barcha pendant une semaine. La même année, Mario Vargas Llosa définit le nouveau roman de García Márquez comme le « grand roman de chevalerie » d’Amérique latine. L’œuvre littéraire sort pour la première fois le 30 mai 1967 en Argentine et, en juin, García Márquez est interviewé par Visión, l’équivalent du Time en Amérique latine. Le 1er août 1967, il participe au XIIIe congrès international de littérature ibéro-américaine à Caracas où Mario Vargas Llosa, avec qui il se lie d’amitié, remporte le prix Rómulo Gallegos grâce à La Maison verte. Le Colombien obtient cette même récompense cinq ans plus tard pour Cent ans de solitude. Toutefois, Vargas Llosa refuse de reverser l’argent de la distinction au régime castriste comme il y est incité alors que García Márquez financera un mouvement révolutionnaire vénézuélien grâce au prix. En 1971, Vargas Llosa publie García Márquez : Histoire d’un déicide, livre critique dans lequel il fait part de son admiration pour son aîné. Cette relation amicale très forte s’achève brutalement le 12 février 1976 lorsqu’à la première des Survivants des Andes, García Márquez reçoit un coup de poing en plein visage de la part de Vargas Llosa dans le hall d’un cinéma de Mexico. Les motifs de cette querelle restent flous mais seraient d’ordre privé : soit il s’agirait de la relation difficile, en raison d’infidélités répétées, entre l’écrivain péruvien et sa seconde épouse Patricia Llosa dont García Márquez aurait pris la défense, soit d’une liaison qu’aurait eue l’auteur colombien avec elle. D’autres raisons moins triviales, notamment la divergence de points de vue politiques, sont évoquées. Les deux anciens amis refusent de révéler la moindre information sur le sujet. Après la mort de García Márquez en 2014, Vargas Llosa affirme avoir noué un pacte avec celui-ci pour garder à jamais le silence sur la cause de cette amitié brisée. Reconnaissant à son ex-complice d’avoir tenu sa promesse jusqu’à la fin, il affirme vouloir en faire autant et laisser les historiens et biographes faire toute la vérité sur cette affaire. La nouvelle célébrité acquise à partir des années 1970 lui ayant offert une certaine sécurité financière, García Márquez décide de retourner en Europe, probablement « pour échapper à une pression devenue quotidienne, retrouver une liberté de manœuvre qui lui permettrait de rassembler ses esprits ».

Devenu un écrivain respecté, médiatique et populaire pour la bonne humeur de son style, ses récits pittoresques et originaux et sa langue enjouée, García Márquez met en accord la critique littéraire et le public international qui vantent l’extrême fécondité de son imagination créatrice. Ce statut l’amène logiquement à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1982, décerné par l’Académie suédoise en l’honneur de « ses romans et ses nouvelles où s’allient le fantastique et le réel dans la complexité riche d’un univers poétique reflétant la vie et les conflits d’un continent ». L’écrivain colombien est averti par téléphone de l’attribution du prix par Pierre Shori, ministre adjoint des affaires étrangères suédois. À la suite de cet appel, il déclare à sa femme Mercedes : « Je suis baisé ! ». La nouvelle de la victoire s’étant propagée rapidement, García Márquez doit improviser une conférence de presse pour la centaine de journalistes qui envahit sa rue et se masse devant son domicile à Mexico.

Le 10 décembre 1982, lors de la cérémonie qui se déroule à Stockholm, García Márquez se présente vêtu d’un liquiliqui (habit traditionnel blanc du Venezuela et de certaines régions de Colombie) et de bottes noires, ce qui lui vaut quelques critiquesA 70. En effet, c’est la première fois qu’un vainqueur du prix Nobel reçoit sa récompense sans être habillé d’un tuxedo. Membre du comité Nobel, Kjell Espmark se souvient de son arrivée tonitruante dans la capitale suédoise : « García Márquez, très grand seigneur, était venu recevoir son prix Nobel avec un avion plein de chanteuses et de danseuses. »29. Il emmène ainsi chanter en Norvège, pour la remise de son Nobel de littérature, la Colombienne Totó la Momposina. Dans son discours de réception du prix intitulé « La soledad de America latina » (« La solitude de l’Amérique latine ») qu’il aura auparavant fait lire à son ami Alfonso Fuenmayor, l’auteur colombien considère la poésie comme la « preuve la plus flagrante de l’existence de l’homme ». Il livre également, avec ironie, un plaidoyer pour la nouvelle littérature latino-américaine et le réalisme magique qui définissent les contours d’un imaginaire poétique émancipé de l’emprise culturelle européenne : « Dans les bonnes consciences de l’Europe, et aussi parfois dans les mauvaises, a fait irruption avec plus de force que jamais l’actualité fantasmatique de l’Amérique latine, cette immense patrie d’hommes hallucinés et de femmes entrées dans l’histoire, dont l’obstination infinie se confond avec la légende. ». Selon l’historien de la littérature François Comba, García Márquez aurait eu par la suite une influence non négligeable sur les choix de l’Académie suédoise : ainsi, il aurait fait pression pour que le Français Claude Simon, qu’il recommandait depuis longtemps, soit récompensé en 1985. En 1999, lorsque son ami Günter Grass reçoit la distinction à son tour, il lui envoie un télégramme de félicitations tout en affirmant : « D’un autre côté, je te plains. J’en sais plus que toi, je sais ce qui t’attend. ». Couronné à 55 ans, García Márquez devient en 1982 l’un des plus jeunes lauréats du prix Nobel ainsi que le premier Colombien et le quatrième auteur latino-américain à obtenir cette récompense, après Gabriela Mistral (1945), Miguel Ángel Asturias (1967) et Pablo Neruda (1971). Lui succèdent par la suite le Mexicain Octavio Paz en et le Péruvien-espagnol Mario Vargas Llosa en 2010. À cette liste d’écrivains hispano-américains, se rajoutent comme prix Nobel en langue castillane les écrivains espagnols, José Echegaray y Eizaguirre (1904), Jacinto Benavente (1922), Juan Ramón Jiménez (1956), Vicente Aleixandre (1977) et Camilo José Cela (1989).

En 1999, un cancer lymphatique est diagnostiqué chez García Márquez. Il est alors traité avec succès grâce à une chimiothérapie dans un hôpital de Los Angeles. Cet événement est le déclencheur pour García Márquez d’une prise de conscience et il commence alors la rédaction de ses mémoires : « J’ai réduit mes contacts avec mes amis au minimum, suspendu ma ligne téléphonique et annulé mes voyages ou toute autre sorte de participation à des évènements », déclara-t-il dans le journal colombien El Tiempo, « […] et je me suis reclus pour écrire tous les jours sans interruption. »

En 2000, l’annonce de sa mort imminente est faite à tort par le journal péruvien La República. Le jour suivant, plusieurs autres journaux publient un texte présenté comme son poème d’adieu, La Marioneta, mais la paternité du texte est infirmée par García Márquez lui-même et s’avèrera avoir été écrit par le ventriloque mexicain Johnny Welch qui le récitait pendant ses spectacles avec une de ses marionnettes.

Trois ans après que son cancer a été diagnostiqué, il publie le 8 octobre 2002 à Mexico Vivre pour la raconter (Vivir para Contarla), le premier des trois tomes de son autobiographie. La traduction anglaise (Living to Tell the Tale) réalisée par Edith Grossman et celle en français (Vivre pour la raconter) réalisée par Annie Morvan ont été publiées en novembre 2003. Largement inspiré par Les Belles Endormies du Japonais Yasunari Kawabata, Mémoire de mes putains tristes (Memoria de mis putas tristes), une histoire d’amour entre un homme de quatre-vingt-dix ans et une jeune vierge de quatorze ans, est publié en octobre 2004. Ce livre suscite une importante controverse en Iran, où il est interdit après que les 5 000 premiers exemplaires ont été imprimés et vendus.

Depuis 2006, García Márquez laisse planer l’incertitude sur l’éventuelle sortie de nouveaux ouvrages. Bien qu’il ait déclaré en 2006 qu’il n’écrirait sans doute plus, le journaliste Dario Arizmendi assure, après avoir passé un week-end avec l’écrivain en 2008 que ce dernier est en train de mettre la dernière main à un nouveau roman d’amour. En 2009, démentant des rumeurs annonçant de nouveau qu’il n’écrirait plus, alimentées en particulier par son agent Carmen Balcells, García Márquez, alors âgé de 82 ans, déclare au journal colombien El Tiempo qu’il « ne fait rien d’autre qu’écrire », et n’a pas exclu de publier d’autres ouvrages.

Le 6 mars 2012, date qui coïncide avec les 85 ans de García Márquez, le président russe Dmitri Medvedev décerne à l’écrivain colombien l’ordre de l’Honneur pour « la contribution au renforcement de l’amitié entre les peuples de la Russie et de l’Amérique latine ». Le 25 avril de la même année, alors que García Márquez est l’auteur latino-américain le plus populaire en Russie grâce à Cent ans de solitude et Des feuilles dans la bourrasque, un convoi de huit voitures du métro de Moscou, qui est décoré pour une durée de six mois avec des photographies de l’écrivain et des fragments en russe et en espagnol de ses œuvres, est inauguré par le vice-président du métro de Moscou, Igor Yermolenko, ainsi que par l’ambassadeur de Colombie et promoteur du projet, Rafael Amador.

Peu après avoir été hospitalisé entre le 31 mars et le 8 avril 2014 à l’Instituto Nacional de Ciencias Médicas y Nutrición pour une pneumonie, Gabriel García Márquez meurt à son domicile de Mexico le 17 avril 2014. Son décès fait suite à une insuffisance rénale et respiratoire due au cancer lymphatique contre lequel il luttait depuis 1999 et qui l’avait beaucoup affaibli au point de ne presque plus apparaître en public lors de ses dernières années. Il avait néanmoins paru une dernière fois le 6 mars pour accueillir, devant sa résidence, des journalistes venus lui souhaiter son 87e anniversaire. Sa dépouille est incinérée dans la capitale mexicaine le jour-même de sa mort. Ses cendres auraient reposé au funérarium J. García López avant d’être déplacées vers la Colombie, sans connaître toutefois leur destination finale. À l’annonce de sa disparition, le président Juan Manuel Santos déclare trois jours de deuil national en Colombie. Plusieurs hommages du monde des arts, de la culture et de la politique se succèdent parmi lesquels Fidel Castro, Enrique Peña Nieto, Dilma Rousseff, Nicolás Maduro, François Hollande et Barack Obama qui affirme que García Márquez fut l’un de ses écrivains préférés dans sa jeunesse. Quelques jours plus tard, de nombreuses cérémonies d’adieux sont célébrées en sa mémoire en Colombie et au Mexique. En parallèle, le quotidien espagnol La Vanguardia rend public le premier chapitre d’une nouvelle inédite, Nous nous verrons en août (En agosto nos vemos), entamée dans les années 1990 et laissée inachevée par l’écrivain, insatisfait, qui commençait à souffrir de problèmes de mémoire. Quelques jours plus tard, les organisateurs du Festival des films du monde de Montréal annoncent que la 38e édition lui est dédiée. Le 17 mai 2016, Gonzalo García Barcha annonce que les cendres de son père ont été transférées en Colombie au cloître de la Merced, situé dans un ancien couvent du centre historique de Carthagène des Indes et rattaché à l’université de la ville. Les cendres demeureront désormais dans un coffre, inclus dans un buste de bronze de l’auteur dessiné par l’artiste britannique Katie Murray.

Le 23 juin 2017, la place Gabriel-García-Márquez dans le 7e arrondissement de Paris est officiellement inaugurée, en présence du président colombien Juan Manuel Santos et de la maire de Paris Anne Hidalgo, en hommage à l’écrivain dans le cadre de l’« année France-Colombie ».

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.