Hissène Habré, ancien Président du Tchad.

Hissène Habré, né le 13 août 1942 à Faya-Largeau, est un homme d’État tchadien, membre du peuple gorane ou toubou du clan Anakaza.

Il est président de la République du Tchad de 1982 à 1990, à la suite du coup d’État qui renverse Goukouni Oueddei.

Condamné à mort par contumace pour crimes contre l’humanité par un tribunal de N’Djaména, il se réfugie au Sénégal, puis est inculpé de crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Son procès, qui s’ouvre à Dakar en 2015, est la première utilisation de la compétence universelle sur le continent africain. Il est condamné à la prison à perpétuité en appel en 2017.


Le jeune Hissène grandit dans le désert du Djourab, au milieu de bergers nomades. Intelligent, aidé par ses instituteurs, il étudie. Après l’indépendance, la politique d’africanisation des postes administratifs occupés jusque-là par des Français vaut à Hissène Habré d’être nommé sous-préfet de Moussoro par le président Tombalbaye. La même année, il part étudier en France, à l’Institut des hautes études d’Outre-mer, il s’attelle ensuite à des études de droit, fréquente l’Institut d’études politiques et fait son éducation politique en lisant Frantz Fanon, Che Guevara, Raymond Aron. Il partage alors la même chambre que Françoise Claustre à la cité universitaire de Paris.

Après la fin de ses longues études en 1972, il repart au Tchad et rejoint le Frolinat, puis fonde les Forces armées nationales du Tchad (FANT), aujourd’hui disparues sous ce nom.

Le 21 avril 1974, dans la région du Tibesti, des rebelles toubous commandés par Hissène Habré enlèvent un médecin allemand libéré en 1975 contre le versement d’une rançon, un coopérant français Marc Combe qui réussit à s’échapper et l’archéologue Françoise Claustre qui sera libérée le 1er février 1977 en même temps que son mari Pierre Claustre, lui-même enlevé le 26 août 1975. Hissène Habré est tenu pour responsable de la torture et de l’exécution sommaire le 4 avril 1975 de l’émissaire envoyé par le gouvernement français pour négocier leur libération, le commandant Galopin.

Il est nommé au poste de Premier ministre le 29 août 1978 par le président de la République, le général Félix Malloum. Son mandat prend fin avec la guerre qu’il a lui-même déclenchée le 12 février 1979.

Hissène Habré est le fondateur du Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN), devenu Forces armées du Nord (FAN).

Hissène Habré, chef des Forces armées du Nord (FAN), renverse Goukouni Oueddei le 7 juin 1982 pour occuper le poste de président de la République. Le poste de Premier ministre est supprimé le 19 juin et plusieurs opposants politiques sont exécutés. Habré transforme les FAN en armée régulière (FANT), puis crée une police politique, la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), responsable de milliers d’enlèvements et d’assassinats politiques.

Le Gouvernement d’Union nationale de transition (GUNT), animé par Goukouni Oueddei, chassé du pouvoir par les forces d’Hissène Habré, se retire dans le nord du Tchad. Il est aidé par la Libye qui annexe depuis 1973 la bande d’Aozou. La guerre s’aggrave en 1983 et les forces libyennes occupent le nord du Tchad jusqu’à la contre-offensive des forces d’Habré qui aboutit en mars 1987 à la reconquête du nord avec le soutien de l’armée française (opération Épervier). Durant le conflit, les États-Unis auraient utilisé une base clandestine au Tchad pour entraîner des soldats libyens capturés et les organiser en force anti-Kadhafi. Ils auraient également fourni un soutien militaire et organisationnel à la DDS.

L’aide de la France et des États-Unis a été décisive. L’occupation libyenne a pris fin en mars 1987. Un cessez-le-feu a été signé en septembre 1987, consacrant la victoire d’Habré. Les relations diplomatiques entre la Libye et le Tchad ont été rétablies en octobre 1988.

Hissène Habré, considérant que son régime est soutenu par les États-Unis, se détourne de la France, pensant ne plus avoir besoin de son appui. Le général Idriss Déby le renverse alors le 1er décembre 1990, le directeur de la DGSE Claude Silberzahn ayant convaincu le président Mitterrand de placer au pouvoir Idriss Déby en abandonnant Hissène Habré qui trouve refuge au Sénégal.

Hissène Habré est soupçonné d’être responsable de la mort de presque 40 000 personnes. En janvier 1992, après le renversement du régime Habré, plusieurs fosses communes ont été découvertes à 25 km de la capitale. Certaines fosses contenaient jusqu’à 150 squelettes des détenus exécutés par la tristement célèbre police politique (DDS). Le rapport de la commission d’enquête comptabilise quelque 80 000 orphelins produits par la terreur du régime Habré.

Des poursuites contre lui sont engagées en Belgique en application de la loi de compétence universelle qui, bien qu’abrogée en 2003, s’applique dans ce cas précis (certains plaignants ayant acquis la nationalité belge). Un mandat d’arrêt international, assorti d’une demande d’arrestation immédiate, est délivré par la justice belge le 19 septembre 2005 et transmis aux autorités sénégalaises. Après son arrestation le 15 novembre et une garde à vue de quelques jours, Hissène Habré est relâché, la justice sénégalaise s’étant finalement déclarée incompétente et l’affaire portée au niveau de l’Union africaine.

En juillet 2006, le Sénégal est mandaté par l’Union africaine pour juger Hissène Habré pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et actes de torture. Le Sénégal a alors engagé une série de réformes législatives et adopté un amendement constitutionnel afin de juger l’ancien dictateur tchadien. Les autorités sénégalaises ont cependant suspendu leur action judiciaire à la prise en charge, par la communauté internationale en général et à l’Union africaine en particulier, de la totalité des fonds nécessaires pour le procès, estimée à 27,4 millions d’euros.

Le 15 août 2008, il est condamné à mort par contumace pour crimes contre l’humanité par un tribunal de N’Djaména.

Le 3 décembre 2012, Reed Brody, s’appuyant sur les témoignages recueillis par l’Association des victimes des crimes et répressions politiques que préside Souleymane Guengueng, annonce l’imminence de son procès. Le 30 juin 2013, il est placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête ouverte par un tribunal spécial devant le juger. C’est un soulagement pour beaucoup de victimes, qui attendaient la tenue de ce procès. Le cinéaste tchadien Mahamat Saleh Haroun réalise un documentaire intitulé Hissein Habré une tragédie nationale, consacrant une grande partie du film aux rescapés de cette barbarie.

Hissène Habré est jugé à partir du 20 juillet 2015, à Dakar par les Chambres africaines extraordinaires, juridiction spéciale créée par le Sénégal et l’Union africaine considérée par certains experts comme étant la juridiction la plus nationale des tribunaux internationaux. Ce procès n’aurait pas pu avoir lieu sans l’intervention de l’avocat Reed Brody, un des conseillers et porte-parole de Human Rights Watch, et sans l’action de la Belgique, qui avait saisi la Cour internationale de justice (CIJ) en 2009 d’une action contre le Sénégal pour son abstention à juger ou extrader Hissène Habré conformément à ce que prévoit la Convention des Nations unies contre la torture qui liait les deux États : le 12 juillet 2012, la CIJ, à l’unanimité des 17 juges, donne raison à la Belgique et déclare que le Sénégal est obligé de poursuivre Hissène Habré ou, à défaut, de l’extrader vers tout État qui veut le poursuivre pénalement.

Pour défendre les 4 000 victimes, le collectif des avocats est coordonné par l’avocate tchadienne Jacqueline Moudeina.

Le 30 mai 2016, il est reconnu coupable de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvements. Il est condamné à la prison à perpétuité par le tribunal spécial africain à Dakar, au Sénégal en première instance. Le 29 juillet 2016 s’ajoute à cette peine une condamnation à verser entre 10 et 20 millions de francs CFA (entre 15 245 et 30 490 euros) par victime.

Hissène Habré a fait appel de sa condamnation : ce nouveau procès débute le 9 janvier 2017. Le 27 avril 2017, les Chambres extraordinaires africaines annoncent le maintien de la condamnation à la prison à perpétuité, peine qu’il purgera au Sénégal ou dans un autre pays de l’Union africaine. En outre, la Chambre d’appel fixe le montant des dommages que Hissène Habré devra verser à 82 milliards 290 millions de francs CFA (environ 125 millions d’euros).

Le 7 avril 2020, Hissène Habré a été autorisé à quitter sa prison de Dakar au Sénégal, pour des raisons liées au Covid-19. L’ancien président tchadien, condamné à perpétuité en 2017, sera en résidence surveillée durant 60 jours.

Cette libération fait suite à une demande déposée par la défense d’Hissène Habré, le 26 mars 2020. Dans cette lettre, l’avocat de l’ancien président tchadien affirme « qu’en raison de la pandémie du Covid-19, la prison est un milieu qui présente de réels risques de contamination par le virus […] et que son client, d’un âge avancé, est particulièrement vulnérable».

Le 7 juin 2020, Hissène Habré retourne en prison après 60 jours de résidence surveillée.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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