La faïence de Quimper (Finistère).

La faïence de Quimper est produite depuis 1708 dans le quartier faïencier historique de Locmaria, près du centre-ville de Quimper. Sa production s’est développée en faisant venir l’argile de Bordeaux et Rouen, bénéficiant de la présence de deux cours d’eau, l’Odet et le Steir et des forêts environnantes pour le combustible.

L’important développement de la faïence de Quimper au XVIIIe siècle puis au XIXe siècle entraînera au XXe siècle une concurrence acharnée des deux manufactures locales qui s’exprimera autant dans la créativité des décors, via plus de 250 artistes recensés, que sur les bancs des tribunaux.

Jean-Baptiste Bousquet, originaire de Saint-Zacharie, arrive dans la paroisse de Locmaria, qui sera rattachée à Quimper à la Révolution, sur les rives de l’Odet, toute fin 1699 pour y faire

profession de “terrailler”. Il est potier et maître pipier (fabricant de pipes en terre) et utilise sans doute le four banal du couvent des Bénédictines. Son fils Pierre, maître faïencier patenté de Marseille, effectue certainement des

voyages préparatoires chez son père qui lui vante l’intérêt de Quimper : de l’eau, des bois, des cours d’eau pour l’approvisionnement et l’écoulement des marchandises; des taxes modérées, une main d’oeuvre bon marché et pas de concurrence dans l’Ouest. Pierre achète une maison et bâtit un four en 1708, créant ainsi la première faïencerie de Quimper 2. Pierre fabrique de la vaisselle de faïence, des plats et assiettes, et surtout des pièces de forme, vierges, grottes de religion, tonnelets, cruches, pots à eau, tasses et autres récipients.

Faïence de Quimper, carte mamximum, 5/05/1990.

Pierre Bellevaux, est né dans le Nivernais, mais se forme à la faïence avec son oncle Edmée Serrurier à Rouen. Il devient peintre, puis marchand faïencier entre la Bretagne et Paris. Il épouse la fille de Pierre Bousquet en 1731 et devient directeur de la faïencerie. Il apporte avec lui les techniques des faïences de Rouen, mais meurt en 1743, laissant Bousquet sans successeur mâle.

Pierre Clément Caussy, fils d’un faïencier de Rouen, marié en 1749 avec Marie Jeanne Bellevaux, fille de Pierre Bellevaux, poursuit l’entreprise à Quimper. En 1770, il emploie 80 salariés. Il meurt en 1782, laissant l’entreprise à ses associés : sa fille et son gendre, Antoine de la Hubaudière (1744-1794). ce dernier, ingénieur de Ponts et Chaussées laisse sa femme Marie-Elisabeth Caussy et son beau-père diriger la manufacture puis abandonne son ancien métier pour épauler sa femme.

François Eloury, ancien ouvrier tourneur de Caussy, crée sa poterie à proximité en 1778, produisant du grès et des pipes. Son frère, André, s’y essaye aussi mais avec moins de succès.Le fils de François, Guillaume Eloury, commence une production de faïence blanche et surtout mi-brune, comme la mode commence à s’en répandre. Il semble avoir employé un peintre vers 1801, preuve que la faïence artistique arrive souvent après la poterie, le grès et la faïence utilitaire qui font tourner les fours et assurent le gros de la production.

Guillaume Dumaine, potier en grès originaire de Ger, dans le sud-Manche, autre ouvrier de Caussy et De la Hubaudière, après avoir fait faillite à Quimperlé en 1783, installe un atelier de poterie de grès à Locmaria en 1791, employant un à deux ouvriers de sa famille manchoise de façon saisonnière.

Faïence de Quimper, carnet de 10 timbres (+ rouge 1990).

Au début du XIXe siècle, il n’y a donc encore qu’une grande manufacture de faïence à Locmaria : La Grande Maison De la Hubaudière, et une naissante, Eloury, qui va prendre cependant rapidement de l’essor.

Le XIXe siècle sera le siècle durant lequel se créeront plusieurs manufactures. Les propriétaires de faïenceries placent des gérants à la tête de leurs entreprises pour mieux se consacrer à la vie publique. Plusieurs d’entre eux et certains de leurs enfants occupent des places de maires, adjoints, conseillers de préfecture, députés ou sénateurs.

La mécanisation apporte son lot d’évolutions avec des machines à vapeur et des roues à engrenages pour le travail de la terre, tandis que l’industrialisation, déjà naissante au dernier tiers du XVIIIe siècle, achève, dans la première moitié du XIXe siècle, la faïence artistique survivante et fait la part belle à la faïence utilitaire et culinaire.

La manufacture Porquier frères, qui a pris le contrôle des Eloury en 1838, dépasse en importance la manufacture De la Hubaudière. Les Tanquerey, acquéreurs en 1841 de la manufacture Dumaine, prennent de l’importance et se lancent également dans la faïence culinaire.

Faïence de Quimper, épreuve de luxe.

Après plusieurs tentatives des manufactures, dans la seconde moitié du XIXe siècle, de revenir à la faïence artistique, la veuve Porquier associe vers 1875, sous la raison Porquier-Beau, son fils Arthur à Alfred Beau, dont l’apport en matière de peintures sur faïences et de style artistique sera déterminant pour Quimper. Elle gardera la production commune sous sa marque AP qui peut signifier tout à la fois Adolphe Porquier ou Veuve Adolphe Porquier ou encore Augustine Porquier puisqu’elle possède la manufacture.

À partir de 1891, le jeune Jules Henriot, héritier de la manufacture Tanquerey, se lance à son tour dans la faïence artistique.

Au début du XXe siècle, Quimper compte trois grandes manufactures de faïence, dont les marques sont renommées dans toute la France : « HB » pour Grande Maison De la Hubaudière, « AP » et « PB » pour Porquier et Porquier-Beau et « HR » pour Henriot.

La manufacture Porquier connait de graves difficultés dues en partie à la contrefaçon de sa production par Malicorne et Desvres mais aussi sans doute au coût élevé d’une faïence artistique qui doit trouver ses clients. Elle cesse de fonctionner définitivement en 1904. Jules Henriot rachète la marque, les moules et les poncifs de Porquier en 1913.

En raison de problèmes familiaux et financiers, HB doit sous-traiter une partie de sa production dans le Nord, à la Faïencerie de la Madeleine (Boulogne-sur-Mer), appartenant à Jules Verlingue. La production HB est complètement arrêtée en 1914. Jules Verlingue rachète alors en 1917 la « Grande Maison ».

À l’aube de la Grande Guerre, il ne reste plus que deux manufactures à Locmaria, HB-la Grande Maison et Henriot-Porquier.

Le climat social de l’époque est dur. En 1925, pendant une grève, les ateliers Henriot sont ravagés par un incendie. Alors que Jules Henriot en profite pour réorganiser ses locaux et moderniser la production, Jules Verlingue investit lui aussi pour profiter de l’essor touristique dû au chemin de fer.

La concurrence entre les deux manufactures est rude, marquée par le débauchage d’ouvriers, la contrefaçon et bon nombre de procès. Mais les deux manufactures rivalisent surtout par des engagements artistiques forts. Chez Henriot, Mathurin Méheut fait figure de chef de file tandis que chez HB, René Quillivic remplit ce rôle avec Louis Garin.

Faïence de Quimper, carte maximum, 10/01/2009.

Différentes gammes coexistent au sein d’une même manufacture. Chez Henriot, l’atelier ordinaire crée les pièces touristiques tandis que l’atelier fantaisie, avec ses propres décorateurs, réalise les pièces plus sophistiquées.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les deux manufactures continuent leur activité. Si la production traditionnelle est quantitativement moins importante, HB, comme Henriot, trouvent un nouveau marché imposé avec le régime de Vichy, mais surtout avec les armées d’occupation. Une importante production voit le jour, utilitaire ou commémorative. En échange de cette production les manufactures sont classées V. Betriebe, donc prioritaires, et sont approvisionnées en matières premières et une partie de leurs ouvriers exemptés du STO.

Une partie de cette production collaborationniste porte une mention évoquant tel ou tel bataillon allemand. Cette attitude durant la guerre amène les manufactures à être traduites devant le comité de confiscation des profits illicites à la fin de l’année 1944.

En 1968, la faïencerie Henriot connait de graves difficultés. Jean-Yves Verlingue, propriétaire de « la Grande Maison », fait une offre de reprise et fusionne en 1969 les sociétés HB et Henriot, réunissant les trois grandes manufactures d’origine (Bousquet, Eloury, Dumaine) sous le nom de « Faïenceries de Quimper ».

Faïence HB, entier postal Distingo repiqué.

En juillet 1983, les Faïenceries de Quimper elles-mêmes déposent leur bilan et cessent toute activité. Paul Janssens, distributeur américain des marques HB et Henriot, réunit un groupe d’investisseurs et reprend la société qui devient « HB-Henriot ». La reprise est conduite jusqu’en 1987 par le directeur général Pierre-Jules Henriot, l’arrière-petit-fils de Jules Henriot. De 1987 à 2003, c’est Michel Marest qui dirige l’entreprise jusqu’à sa vente en 2003, où HB-Henriot est cédée à Pierre Chiron, industriel breton, et dirigée par Michel Merle.

En 1994, les anciennes familles faïencières quimpéroises Henriot et Verlingue, associées à la famille Breton (distributeur de faïence à Quimper depuis plus de 70 ans) ainsi qu’à la Poterie de Montgolfier, lancent la « Faïencerie d’Art Breton », sous la direction de Pierre-Jules Henriot.

HB-Henriot est placé en redressement judiciaire le 4 février 2011 par le tribunal de commerce de Quimper. En juillet 2011, la société est reprise par Jean-Pierre Le Goff. Un mois plus tard il rachète également la faïencerie d’Art Breton qui devient filiale de Henriot-Quimper. Il n’y a donc plus qu’un seul acteur de la faïence de Quimper dans la capitale de la Cornouaille. Quimper demeure néanmoins, en France, le centre faïencier le plus ancien encore en activité.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

 

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